CHARLES Ier

Les connaisseurs croient unanimement à l’existence d’un « dernier Baudelaire » et situent son moment d’apparition vers 1859-1861, mais le consensus est loin de prévaloir quant à sa nature profonde. Très neufs de forme et de sujet, souvent géniaux, les poèmes en prose, que la presse commence à diffuser alors, marqueraient un seuil absolu ; à lire certains spécialistes, leur écriture rhapsodique, aussi heurtée que les soubresauts d’une conscience sous l’emprise de la rue moderne, concentre l’ultime accomplissement esthétique du poète flétri par la justice du Second empire. Un autre argument joue en faveur de ces textes qu’on dit hybrides, car libres de l’homogénéité de la belle langue, affranchis de la métrique des vers, et perchés sur le fil ténu du trivial et de l’idéal, du prosaïque et de ce qui en sublime la pauvreté de condition. Et cet argument très contestable découle de l’héritage de Walter Benjamin. Comme il est impensable que le plus grand poète du XIXe siècle soit resté l’éternel « dépolitiqué » du coup d’Etat de décembre 1851 et du plébiscite favorable à Louis-Napoléon Bonaparte, la théorie de « l’agent secret » ou de « l’agent double » est née au XXe siècle, et a connu de nombreux partisans. Elle reste très portée, en France, depuis les années 1980 : Le Spleen de Paris, où le spectacle de la misère sociale et morale impressionne, garantirait l’hypothèse d’un Baudelaire revenu à ses éphémères idéaux quarante-huitards. Pour Walter Benjamin et ses émules, le miraculé de la cause du peuple, traître à la classe dominante, livra par bribes, à partir de la fin 1861 et des premiers « poèmes en prose » désignés ainsi, un réquisitoire hostile au régime. La correspondance de Baudelaire et l’ironie terrible du Miroir, où la fable de La Fontaine presque éponyme se retourne contre « les immortels principes de 89 », montrent, au contraire, un scepticisme accru quant aux marchands de bonheur, aux idéologues, voire aux apories et aux effets secondaires de la destruction de l’Ancien régime (1). Juin 48 et son solde meurtrier, en outre, avaient préparé l’illumination de décembre 51. Dans Les Yeux des pauvres, publié en juillet 1864, le poète ému ne veut pas seulement faire briller l’horreur d’être sans le sou ; toute l’imposture démagogique du siècle, que symbolisent les ors d’un café tentant et inaccessible aux gueux, s’y ramasse jusqu’à l’insolente chute, insolente en ce qu’elle corrobore moins la détresse de cet instantané qu’elle ne confirme la divergence des amants face à elle. Les poèmes en prose obéissent souvent à cette acrobatie réflexive, multiplient les associations baroques et antithétiques, prisent l’entrechoc cher à la presse du haut et du bas, de la grande éloquence et du boulevard. Ce que Paul Claudel a pu dire de son aîné n’en est que plus vrai : « C’est un extraordinaire mélange du style racinien et du style journalistique de son temps » (2). Le titre même du Spleen de Paris, que Baudelaire donne en janvier 1863 au futur recueil des poèmes en prose, se ressent de sa double et sombre modernité : « J’ai essayé d’enfermer là-dedans toute l’amertume et toute la mauvaise humeur dont je suis plein », écrit-il à l’exilé Victor Hugo. 

Deux autres projets tardifs, contemporains du Spleen, qualifient aussi habituellement le « dernier Baudelaire », sa recension du Salon de 1859, promise à rejoindre le volume des Curiosités esthétiques, et la difficile maturation du Peintre de la vie moderne, deux textes éminents que La Passion des images, le vaste florilège d’Œuvres choisies du poète proposé par Henri Scepi, nous invite à lire et relire dans leur continuité, c’est-à-dire leur complémentarité (3). Les temps ont changé depuis 1845-1846 et la priorité que les Salons inauguraux de Baudelaire accordaient à la nécessité historique d’un nouveau romantisme, capable enfin de faire entrer dans son champ d’application les spécificités de la vie présente et ce qu’elle contient d’héroïsme neuf. Comment sublimer le présent sans l’idéaliser à la manière trop froide des peintres davidiens, à qui l’habit noir n’avait pas fait peur toutefois durant la grande Révolution ? Mais, comme l’écrit Scepi, « le millésime 1859 constitue un tournant : travaillant à la recomposition des Fleurs du mal, en vue de la seconde édition du recueil, dans un climat culturel qui favorise l’essor du réalisme et prophétise le triomphe de méthodes et de techniques nouvelles d’enregistrement de la réalité (comme la photographie), Baudelaire se convainc de la nécessité de maintenir à l’horizon de ses propres recherches poétiques et théoriques la ligne inentamée d’un idéal. » Pour être entré en résistance et répéter que nul n’avait délogé Delacroix de sa souveraineté, le poète ne se borne pas à réfuter Courbet au nom de l’imagination que sa peinture humilierait. Le Salon de 1859 n’avait pas été aussi dépourvu d’attraits ou de promesses. De même qu’il est un bon régime de la photographie, son ami Nadar le prouve, il est des formes de réalisme acceptables, c’est-à-dire conciliables avec une poétique de l’image, à la fois plus duelle, concise et urbaine. Ce n’est pas une simple vue de l’esprit : Legros et Méryon, avant Manet, lui en offrent un avant-goût, de même que les expériences d’un Eugène Boudin, découvertes à Honfleur même, ont déterminé l’éloge du fugitif que contient, en 1863, Le Peintre de la vie moderne. Quelle est la part de la provocation dans ce manifeste sans objet clairement nommé, Baudelaire désignant Constantin Guys par ses initiales, et le peintre providentiel par un dessinateur de presse ? Car la modernité ne se confond pas avec l’éphémère accidentel du quotidien, il en est la réalisation esthétique. Dans ce processus à deux temps, le croquis ne saurait être une fin en soi, « mais une façon de prendre possession de ce qui fuit et échappe, afin de faire éclore, au lieu même de son apparition, un empreinte durable, une vision, une idée (Henri Scepi) ». Toute définition de la modernité qui nierait sa double composante trahit la pensée baudelairienne : « l’élément éternel » est aussi indispensable à « l’élément relatif » que l’imagination à l’expérience vécue. 

« L’éternel » voué à s’extraire du « circonstanciel » n’a rien à voir avec quelque concession banale au « classicisme », comme on le suggère encore (4). Quel que soit son anti-réalisme, Baudelaire n’attend pas des peintres qu’ils singent la grande tradition, il leur suffira d’en conserver le principe constitutif, multiséculaire, qui sépare l’art de la simple représentation des choses, et le dote d’une portée métaphysique. Aussi importe-t-il de protéger le Beau des souillures auxquelles l’époque l’expose, la conversion de l’image en simple simulacre et la conversion de la morale de l’art en simple catéchisme. Plaidait-il, seul, en ce sens ? De manière générale, on sous-estime que le « dernier Baudelaire » fut largement déterminé par la réévaluation et même la réécriture de Théophile Gautier (5). L’éminent Georges Blin reste l’un des rares à avoir fait exception, il est vrai que les cours qu’il dispensa au Collège de France, notamment celui de 1968-1969, sont proprement exceptionnels (6). Pas plus que Le Peintre de la vie moderne, très marqué par Caprices et Zigzags, Les Paradis artificiels n’échappent au précédent de Gautier. Mieux que Thomas De Quincey, il est l’interlocuteur, à plusieurs niveaux, de ce livre magnifique sur les plaisirs illusoires, et doublement dégradants, du haschisch et de l’opium. Dans l’édition qu’ils viennent d’en donner, Aurélia Cervoni et Andrea Schellino, très conscients de la dette envers Gautier, ne craignent pas de réévaluer les multiples emprunts de Baudelaire aux auteurs que l’usage accru des drogues fit se multiplier après 1830 (7). Le milieu artistique, peintres et écrivains, donna un élan particulier à cette vogue des narcotiques et des expériences hallucinogènes, redoublant l’intérêt que lui porta le corps médical. Aliénistes et explorateurs pré-freudiens des phénomènes oniriques se saisirent de l’occasion d’étudier l’effet des psychotropes à partir de cas favorables, pensait-on, à l’examen approfondi du rêve ou de la folie. Baudelaire n’ignorait rien de ce qui liait Gautier et Moreau de Tours, clubiste des haschischins à l’Hôtel Pimodan, et très désireux de comprendre le fonctionnement de l’esprit créateur. La première partie des Paradis artificiels, la plus belle, se réclame du constat scientifique, détaille avec soin et l’origine et les pratiques de la drogue, en approuve la consommation restreinte, mais dénonce les addictions et ce qu’elles dissimulent à ceux qui s’en rendent coupables, non devant la justice des hommes, mais devant Dieu. L’ivresse ne se voit pas criminalisée, Baudelaire en a chanté si souvent le réconfort nécessaire. Mais la drogue, lorsqu’elle exige des prises de plus en plus fréquentes et fortes, et devient le seul remède à la douleur d’exister ou le substitut à la vraie création, trompe le consommateur. Quant à l’espèce de royauté et de dilution de la volonté qu’elle lui procure, c’est la preuve de son satanisme au rire rentré. Flaubert et d’autres manifestèrent une gêne devant l’économie spirituelle, catholique, très insistante du texte ; elle est pourtant capitale, autant que le jeu référentiel, qui s’étend d’Homère à Gautier, à ses articles comme à ses nouvelles (8). 

Il est remarquable, pour ne pas dire symptomatique, de retrouver Gautier aux deux extrémités du dernier livre d’Andrea Schellino, qui soumet la notion de décadence au double regard de Baudelaire et Nietzsche, le second ayant beaucoup lu les deux Français. Preuve de son génie du raccourci, il les associait favorablement à une « certaine modernité hyper-érotique qui a l’odeur de Paris ». Les dîners Magny, dont les frères Goncourt sont les meilleurs témoins, faisaient rêver au-delà de nos frontières. Tout y était dicible dans léger délire du pessimisme et de la gaité confondus : « pour ma part je figurerais assez bien dans ce cercle », écrit Nietzsche à Heinrich Köselitz, en novembre 1887. Sans tout à fait comprendre ce que recouvrait l’art pour l’art (il ne fut et n’est pas le seul), le philosophe antimoderne en avait au moins perçu la dimension désespérément religieuse. Il n’était rien au-dessus de l’Art pour Gautier et Baudelaire, ce qui ne consistait pas à idolâtrer une enveloppe vide, soit la forme aux dépens du fond, la sensation au lieu de l’idée. Cela signifiait, comme l’énonce Les Fleurs du mal, qu’un poème ou un tableau pouvait surpasser tous les autres témoignages de « la dignité humaine ». La chute des Phares oppose implicitement l’éternité d’un sanglot créateur aux faux dieux du monde moderne. Dans l’essai que Baudelaire publie sur Gautier en 1859, la « folie du progrès » appartient aux articles de foi des compères. La même année, à l’éditeur de ce texte précisément, Charles écrit : « Je deviens tellement l’ennemi de mon siècle ». La modernité de la technique, du confort, de l’infantilisation et du cant alourdit le poids de la Chute, tout en niant la possibilité du péché originel. Au détour du fameux rêve qu’il narrait à son ami Charles Asselineau, le 13 mars 1856, « rêve du bordel-musée » (Roberto Calasso), Baudelaire étrilla ces journaux bon teint (on voit lesquels aujourd’hui) et leur « manie de progrès, de science, de diffusion des lumières ».  Le contraire de ce sommeil de la raison par négation du Mal, c’est la décadence. Andrea Schellino, en ramenant Baudelaire dans la lumière de Montesquieu, Chateaubriand et Sainte-Beuve, rend sa complexité et son historicité à cette notion aussi vieille que le monde qu’elle semble dévaluer. Autour de 1830-1840, est décadent quiconque écrit de manière jugée trop obscure, leste, descriptive, lâchée. À cette aune, Baudelaire ressuscitait Lucain, Émaux et Camées sentaient l’opium. Car Gautier fut logé à la même enseigne que son cadet. Il pourra, en tête de l’édition posthume des Fleurs du mal (1868), célébrer en Baudelaire « ce style de décadence » et le « verbe sommé de tout exprimer à l’extrême outrance » : c’était le sien, à maints égards. Nietzsche a dévoré cette préface que Paul Bourget devait aussi tenir pour le manifeste d’une contre-modernité qui n’avait pas cru bon se cultiver jusqu’à la névrose. L’Allemand, ce fou de Baudelaire, hésitait davantage à lui reconnaître la capacité d’avoir tourné sa pensée de la décadence en puissance de vie. En lisant Schellino, il aurait compris que Dieu, pour être absent, lui avait épargné cette hérésie, si moderne aussi. Stéphane Guégan

(1) Quant au tournant sociologique des années 1980 et aux écrits de Walter Benjamin qui le déterminèrent, voir les pages précieuses d’Antoine Compagnon, Baudelaire. L’irréductible, Flammarion, 2014. Cet essai sur la modernité antimoderne du poète et du critique d’art, ramené à ses contradictions vis-à-vis du présent et de ses contemporains, comme du journalisme, de la photographie et de Manet, a rejoint heureusement la collection de Champ Essais (Flammarion, 2021, 11€). Compagnon, ce faisant, décentre l’approche du « dernier Baudelaire » et en réveille l’arrière-plan, aussi ambivalent que métaphysique, et donc profondément chrétien.  

(2) Voir, dernière en date, l’excellente édition du Spleen de Paris conçue et présentée par Aurélia Cervoni et Andrea Schellino (GF, Flammarion, 2017).

(3) Charles Baudelaire, La Passion des images. Œuvres choisies, Quarto Gallimard, 2021, 33€, édition présentée et annotée par Henri Scepi. Outre le principe clairvoyant de ne donner que des textes in extenso, le volume même de ce florilège, 1800 pages, fait comprendre que la presque totalité de l’œuvre de Baudelaire, traductions mises à part, s’y regroupe, la plaquette du Théophile Gautier de 1859 comprise. Les textes qui le composent, en raison de leur genre et de leur support initial, n’entretiennent pas le même rapport générique à « la sphère d’attraction de l’image et de ses relais ». Henri Scepi en vérifie toutefois la prééminence continue parmi les préoccupations de Baudelaire. Charles aura accompagné de ses multiples écrits, au-delà du collectionnisme qui le saisit très tôt, la dynamique du siècle, plus iconophile et iconophage que tous les précédents. Le règne de la vidéosphère a débuté aux dépens du verbe : la gravure et la photographie, que Baudelaire tient pour essentielles à des degrés divers, en sont les agents démultiplicateurs. N’oublions pas que ce triomphe de l’image a autant grisé qu’inquiété Baudelaire, très soucieux de préserver l’antique richesse des arts visuels, menacée par leur hégémonie même.

(4) Pour un avis contraire, voir Mathieu Vernet, « Les écrits sur l’art, parents pauvres de la première fortune de Baudelaire (1867-1921), L’Année Baudelaire, n°24, 2020, Honoré Champion, 28€. La dernière livraison de cet indispensable carrefour de la recherche baudelairienne vaut surtout par la contribution de Claire Chagniot, auteure d’un livre décisif sur Baudelaire et l’estampe, et celle de Raphaël Belaïche sur l’Eros baudelairien, aussi tributaire d’une culture très ancienne qu’interférant avec les pratiques les plus douteuses de son temps, du moulage au théâtre de boulevard.  

(5) Voir, quant à cette filiation sous-évaluée, notre Baudelaire. L’Art contre l’Ennui (Flammarion, à paraître en septembre 2021).

(6) Voir Georges Blin, Baudelaire suivi de Résumés des cours au Collège de France 1965-1977, Gallimard, Les Cahiers de la NRF, 2011, p. 232-252.

(7) Baudelaire, Les Paradis artificiels, présentation, notes, dossier, chronologie et bibliographie d’Aurélia Cervoni et Andrea Schellino, GF, Flammarion, 2021, 6€.

(8) Outre les articles de Gautier (« Le Haschisch », La Presse, 10 juillet 1843, « Le Club des haschischins », Revue des deux mondes, 1er février 1846), il importe de citer, comme le font Aurélia Cervoni et Andrea Schellino (voir note 7), la nouvelle autobiographique La Pipe d’opium (La Presse, 27 septembre 1838). Il faut aller plus moins, ce me semble, et entendre le souvenir de La Cafetière (Le Cabinet de lecture, mai 1831) dans l’un des moments les plus beaux des Paradis artificiels, le récit presque sadien du délire érotique d’une femme sous l’emprise des drogues, dans un cadre rocaille caractérisé. La logique du Mundus muliebris y règne sans frein. Voir aussi, de Lucien d’Azay, l’excellent Théophile Gautier halluciné. Le club des haschischins ou comment écrire sous l’emprise du cannabis, Collection Revue des deux mondes, 6€.

(8)Andrea Schellino, La Pensée de la décadence de Baudelaire à Nietzsche, Classiques Garnier, 2020, 59€.

Manet : The London Moment

En marge de l’exposition décisive que le J. Paul Getty Museum de Los Angeles et l’Art Institute de Chicago ont consacrée au dernier Manet en 2019-2020, Manet and the Modern Beauty, un colloque a permis de croiser les perspectives et les opinions à son sujet, sans que la lecture sexuée, très en vogue outre-Atlantique et très portée en France, n’y prévale. Du reste, le titre même de l’exposition, qui avait pour point de mire le portrait si féminin et si séduisant de Jeanne Demarsy (récent achat spectaculaire du Getty, notre illustration), annonçait que la logique du genre n’en était qu’une des approches possibles et, je dois dire, défendue le plus souvent avec nuances, dans l’impressionnant catalogue. Celui-ci doit au trio des brillants commissaires, Scott Allan, Emily Beeny et Gloria Groom, de confronter sans cesse l’interprétation des images et des textes (Samuel Rotary et Carol Armstrong se penchent sur la correspondance) à l’état présent des connaissances et notre rapport différentiel au XIXe siècle. Femme, fleur et image de mode indissociablement, Jeanne, que Manet exposa en 1882, exclut, par nature, les analyses binaires. Le féminin y déborde toute définition strictement féministe, l’offre picturale toute lecture banalement moderniste. C’était le propre de Manet que de séduire en accord avec ce que la mode du temps (Helen Burnham), la nouvelle littérature (Bridget Alsdorf) et les vedettes de la scène (Leah Lehmbeck) avaient désormais de problématique. Les dernières années de Manet (1876-1883), comme en écho aux préoccupations du dernier Baudelaire (celui du Spleen de Paris), voient s’accentuer les difficultés inhérentes à la poétisation de « la vie moderne ». De ses difficultés témoignent tant d’oeuvres inachevées ou remaniées jusqu’à la fin. Ne les attribuons pas aux attaques toujours plus pressantes de la syphilis. En outre, le contexte, notamment la sortie de « la République des ducs » et l’avènement d’un régime plus conforme, voire plus favorable, à l’artiste, ne peut être écarté des déterminations qui pèsent sur l’oeuvre ultime. Scott Allan nous rappelle que Manet est alors, plus que jamais, un peintre de Salon, Emily Beeny qu’il donne à son tropisme rocaille (Boucher, Chardin, Fragonard) un éclat approprié à l’époque et Gloria Groom qu’il repense la relation figures/arrière-plan à la lumière du naturalisme ambiant et du poids accru des reconstitutions d’atelier. Autant que le catalogue, l’accrochage, souvent très neuf, répondait aux multiples ressorts du dernier Manet. Des tableaux conçus pour l’espace public aux bouquets privés de 1882-1883, moins silencieux que murmurants, le parcours inspirait bien des réflexions, osait bien des relations. On ne pourra plus voir, par exemple, le singulier Portrait de Pertuiset, le chasseur de lions, comme une charge, et même une décharge potentielle, visant son modèle. Ne peut-on aller, d’ailleurs, jusqu’à corréler cette évocation oblique de l’Algérie française et les liens qui unissaient les frères Manet, depuis le Second Empire, au cercle de Jules Ferry, futur promoteur d’un système colonial éclairé ? Comme dit plus haut, le colloque, chose rare, fit entendre toutes sortes de voix et de positions. J’y évoquais le « moment londonien » des carrières convergentes de Manet et Mallarmé, liés par maintes ambitions poétiques et politiques communes au milan des années 1870. En voici le texte. J’espère ne pas y avoir trop écorché une langue qui n’est pas la mienne. SG

Manet : New Directions (8 décembre 2019, The J. Paul Getty Museum) // The London Moment (abstract)
Stéphane Mallarmé’s contributions to the British press, between October 1875 and September 1876, marked a particular time frame regarding the critical support he was giving to Manet’s career then. Both in London and Paris, the painter’s radical aesthetic had still to be asserted by all means. While Emile Zola himself proved to be less determined to do so, Mallarmé became the voice of Manet, claiming since 1874 that the latter was the leader of the French School and the modern poets’ favorite artist. By looking at Mallarmé’s letters and the articles he published in L’Athenaeum and The Art Monthly Review about art, literature and even politics, the purpose of this paper is to reexamine how Mallarmé writings shed light on Manet’s motivations, strategic moves and aesthetic shifts after the storm that Argenteuil (Tournai Museum) caused at the Salon of 1875, previous to the one it raised in London the year after. 

You may wonder why I’ve decided to return to this academic topic. Many scholars have already explored Manet’s relationship with Mallarmé during this frame of time, I mean, just after they met, became close friends and improved together their British network. Nevertheless, I’d like to reexamine two aspects of the rich and durable collaboration that this encounter made possible. My first point concerns Charles Baudelaire’s legacy and the ways it manifests itself in the early Third Republic, when my country, defeated and humiliated, felt a grave sense of loss. My second point is about the necessity that Manet and Mallarmé shared quickly to collaborate and to promote a kind of esthetic conform to what they thought were the British expectations at that time. In short, I’m going to speak about Baudelaire and the London scene as major stakes of Manet’s and Mallarmé’s partnership. To introduce both perspectives, there’s no better painting than Fantin-Latour’s Homage to Delacroix (Orsay), since it was exhibited in Paris and London before and after the death of Baudelaire (1867). Fantin’s Homage to Delacroix was first exhibited, as you know, at the Salon of 1864, on the aftermath of the great painter’s death, and in response to it. The response was, as you also know, a reparative one : the newcomers of the New Painting, through Fantin’s painting, pay homage to the one who challenged the rules before them, in terms of esthetic and art policy. On the other hand, the 1864 painting confirms the links that these painters established between Paris and London. Since he had been close to Whistler and Legros for a few years, and enjoyed many contacts with London art collectors, Fantin never lost an occasion to recall and improve this kind of connections. His Homage to Delacroix had to include initially the figure of Dante Gabriel Rossetti, the leader of the pre-raphaelite group. That option might sound weird at first view. In fact, it can be easily explained. Realism was a larger banner than we think now. In November 1864, Rossetti, while he stayed in Paris, was taken to Manet’s place by Fantin, before helping Manet unsuccessfully to participate in the Royal Academy (RA) exhibitions.

In 1991, Robin Spencer published a very interesting article on this “rendez-vous manqué”. According to the letters that Fantin exchanged with Edwin Edwards, his British patron, Rossetti really disliked what he saw in Paris, from Fantin’s and Courbet’s work to Manet’s one. Legros was the sole exception he made regarding the French New Painting. In short, Fantin feared that Rossetti’s favorite French painter was Gérôme! There’s reasons to think that he was close to the truth. To his mother, Rossetti spoke of Manet’s “scrawls”, and Courbet was not better treated. Nevertheless, as we said, Dante Gabriel Rossetti supported Manet’s efforts to exhibit two paintings in London in 1865. Eventually, the RA gave up showing them. One of the two pictures was the vibrant Guitar player (New York). That was a clever choice regarding the predictable reactions of the British press, which was far from ready to face more radical works. Baudelaire, who praised the painting from the 1861 Salon, had likely to do with Rossetti’s interest in Manet. That’s also the case of Dante’s young brother, William. Marie-Héléne Girard has just discovered new evidence regarding William Rossetti’s first investigations into French avant-garde. As a start, he came to Paris in 1855 in order to cover the Paris Salon for The Spectator, a rather radical publishing in terms of politics. At that occasion, he celebrated Delacroix’s genius and Courbet’s novelty. Despite his serious restrictions concerning the French Realism, seen as too literal and less sophisticated than the pre-raphaelite painting, the two trends occupied similar positions in the art world of the 1850s. When William returned to Paris and visited the Salon of 1861, he confessed to have been struck by Legros’s Ex-Voto, as Baudelaire was. William Rossetti even wrote in his copy of the Salon booklet that Legros’ painting was “very admirable” among other remarks. The British visitor couldn’t have missed the huge sensation that Manet raised with his Guitar player in 1861. Antonin Proust was to insist on this success, Whistler, Legros and Fantin took part of it. We don’t know whether William Rossetti had time to get in touch with them in 1861. 

Still, it’s clear that Fantin had reasons to think that the Rossettis, at least the most famous one, Dante Gabriel, may take a part in the 1864 Homage to Delacroix. It’s also worth noting that William Rossetti was a remarkable reader of Modern French poetry. In 1866, he published a very extensive review of Swinburne’s Poems and Ballads where he discussed harshly the French influences that this magnificent book testified. Forgetting how Swinburne had been receptive to Théophile Gautier’s poetry and poetics, Rossetti’s review focused on Hugo and Baudelaire’s huge impact over Swinburne’s Poems and Ballads. Obviously, this baudelarian trend was a cause of discomfort to William Rossetti. On one hand, Baudelaire was a kind of genius, but a dangerous and even negative one. Overlooking the catholic and ironic duality of The Flowers of Evil, Rossetti associated Baudelaire with the darkest side of Romanticism, symbolized by Goethe’s Faust. To Rossetti, consequently, Baudelaire « is a sort of poetic Méphistophélès. […] Baudelaire, who sees the facts of the world to much the same effect as Méphistophélès, only with a poetic coloring, and express them in terms which are vivid and moving, instead of withering and dry. » We also have to keep in mind that Swinburne himself, in 1862, celebrated the second edition of The Flowers of Evil in a very positive way. His review, published in The Spectator, made Baudelaire very enthusiastic. The year after this groundbreaking article, Swinburne met Manet in Paris, in the company of Whistler and Fantin-Latour. This meeting in Manet’s studio was recalled by Swinburne in the letter that he would send to Mallarmé in July 1875. If we go back now to Fantin’s Homage to Delacroix, we can look at the juxtaposition of Manet and Baudelaire, on the left side of that painting, in a different way. Much has been recently said about the meaning of the different presences this composition offers in 1864. I modestly contributed to this debate in pointing out how Baudelaire’s circle reacted to it. In her book on Fantin’s collective portraits, Bridget Alsdorf has devoted a whole chapter to his Homage to Delacroix and to the different tensions which are visible in it.

In short, according to the 1864 critical reception, Bridget Alsdorf analyzed the painting as a realistic manifesto, built on the strong opposition of Delacroix, made visible by a false self-portrait, and his self-proclaimed followers: “The artists and writers assembled in Homage associated themselves with Realism more than Romanticism, with the notable exception of Baudelaire. But Baudelaire’s commitment to the representation of Modern life and his appreciation of Courbet’s painting, as well as his tremendous admiration for Delacroix, nonetheless made him a fitting member of the group.” This is what we can think today of Fantin’s pictorial conception. But, in 1864, Baudelaire’s presence was seen as much more problematic. Let’s turn, for instance, to Amédée Cantaloube’s review of the 1864 Salon, whose importance has been overlooked. More than a reference to the 1830 Romanticism, the author of The Flowers of Evil symbolized the baudelarian part of the New Painting for Fantin. Amédée Cantaloube was the sole art critic to have recognized it. A sincere admirer of Delacroix, Cantaloube had no special sympathy for realistic painting. On the other hand, he clearly separated Courbet´s esthetic from the New Painting’s one. Moreover, Cantaloube was perfectly able to identity all the protagonists of Fantin’s collective portrait, from Whistler (whose Dame blanche he praised) to Manet and Baudelaire. The latter, he said, was the most interesting person of the painting, but the most guilty one. What was his crime? According to Cantaloube, Baudelaire had betrayed himself with encouraging the most radical part of the new esthetic. Instead of rejecting Manet’s painting as he criticized the Courbet’s shortcomings, Baudelaire backed up the painter who scandalized the art world in 1863-1864: « Formerly gifted with a real critical sense, [Baudelaire] seems to have been enjoying himself for a few years in diminishing his own action and prestige. Blasé, it is said, by some disgust of knowing too much, he prefers to advocate the false originality, that which is obtained at the price of the debauchery of the brush and misguided imagination.” This last sentence can’t fit any new painter more Manet’s challenging style.

The year before, Manet had exhibited the first version of Lola de Valence with Baudelaire very provocative verses on the frame. From then, he would seize any occasion to stress himself this « liaison dangereuse », as some critics did until Mallarmé capitalized on it. Just remember what Alfred Sensier wrote positively at the occasion of the 1865 Salon. To him, Olympia (Orsay) is a “painting of the school of Baudelaire, [une Fleur du mal] freely executed by a pupil of Goya; the vicious strangeness of the little faubourienne, a woman of the night from Paul Niquet’s, from the mysteries of Paris and the nightmares of Edgar Poe.” “No doubt these descriptions are meant to evoke the painting’s dreamlike, literary quality”, as T. J. Clark has rightly commented this passage. I’ll come back later to Edgar Poe’s shorts stories and poetry as a fitting attribute to Manet’s painting. Let’s move on to the early 1870s, not without saying before that Manet contributed with two prints to the biography that Charles Asselineau published just after Baudelaire’s death in 1867. The successive dramas of the war of 1870 and the Commune set the new context. We also know that it pushed writers and painters from the new generation to manifest their vitality as a sign of esthetic and patriotic renaissance. There’s no surprise that Fantin-Latour proved to be very receptive to this renewed energy, notably among the young poets who turned themselves to Baudelaire. In the fall of 1871, while the country was starting to rebuild himself, Fantin’s correspondence mentions on several occasions the project of painting a sort of Homage to Baudelaire, simply called Un anniversaire. Nearly twelve persons posed for Fantin before he changed his mind and did Corner of the table (Orsay), where the memory of Baudelaire is more latent. Theodore de Banville, who spoke at Baudelaire’s funeral and was one of the editors of the poet’s Complete works, was meant to be included in Fantin’s Corner. Banville had taken the lead of the Parnassian movement to which Manet was clearly not indifferent. Manet’s contribution to the volume Sonnets et eaux-fortes, in 1869, shows that he shared the Parnassian reject of any sentimental excess and the ambition of expressing life with emotional detachment and apparent impersonality. 

In addition, Banville was quite close to the poets who replaced him in Fantin’s Corner of the table, especially the contributors to La Renaissance littéraire et artistique, where Mallarmé was to publish his first statement on Manet’s leadership in 1874. In the first issue of La Renaissance littéraire et artistique, which came out on the 27th of April 1872, Banville signed a moving article on the first occasion he met Baudelaire, at the poet’s place, in the Saint-Louis island of Paris. Art history has not paid enough attention to the role that Banville played in the promotion of the New Painting by 1872-74. Naturally, Manet took advantage of it, beyond the Banville’s verses that he associated to his controversial print of the 1872 Polichinelle. This potential caricature of Mac Mahon would confirm that Manet and Banville shared more than esthetic interests. Of course, reviewing the Salon in 1872 and 1873 for Le National, Banville celebrated Manet’s modernity in terms which couldn’t be more pleasing to the painter’s ear. Let me just remind you of what he wrote about Repose, shown at the 1873 Salon. “The other painting of M. Manet, Le Repos is an attractive portrait […] which imposes itself on the mind by an intense character of modernity; let me allow this barbarism, which has become indispensable! He [the portrait] lives in an inconspicuous, silent apartment, at the bottom of which is a confused print hung on the wall, whose colors are painfully bizarre. On a padded divan, purple in color, a woman sits, in a pose both tormented and familiar, dressed in a white muslin dress speckled, hair in the eyes, worried, of what? of life, no doubt. She holds a fan and lets her little Goya foot, with a slender shoe, show. Baudelaire had good reason to love the painting of Manet, for this patient and delicate artist is the only one who can be found in this refined feeling of modern life, bitter enjoyments and pains deliciously mixed up, which makes the exquisite originality of the Flowers of Evil. » Clearly, the poetry experts should be more careful about what were Mallarmé’s sources of inspiration before he gave a series of striking articles on Manet to the French and the British press…

What was going on in London at this very moment? In Paris, Manet was still the subject of a great deal of debates, and he just started becoming a marketable painter, thanks to Durand-Ruel and the purchase of 23 paintings in January 1872. The announce of the sale raised a big emotion in the Parisian art world. No doubt the news reached London rather quickly. Whatever, Durand-Ruel thought that the time had come to present Manet’s paintings over the Channel. And it’s what he did as soon as on March 1872, he even added The Balcony to the items from his stock. In the winter took place, at London Durand-Ruel, the Fifth Exhibition of the Society of French Artists. A few Manet, including Young lady of 1866, were on view. According to Otto Scholderer, a german friend of Fantin, Manet’s painting didn’t produce very positive reactions. That’s what he wrote to Fantin, in the early June of 1873, from London: « Manet has been successful at the Salon as you wrote to Edwards, I would like some new pictures of him; here in London, that does not please at all, we do not even find it singular, and yet there were very beautiful paintings. » Exhibiting in London had been the dream of Manet since the late 1860s. He stayed in the city for a while in August 1868, and Legros probably introduced him to the artist and photographer David Wilkie Wynfield. In Manet war correspondence, we find a letter from March 1871 where he explained to Félix Bracquemond why he intended to have a foot on the British market : “Thank you, my dear Bracquemond, for the advice you’ve sent me. But you forgot to tell me when to send and the last deadline, which is very important. I saw that the French could still send to the London International Exhibition […]. One must coin money: this sacred war has ruined me for a few years, I’m afraid. « 

The British reception of Manet’s painting got warmer in the fall of 1873 thanks to the apparent simplicity of Le Bon bock. In fact, while Fantin’s Homage to Delacroix was shown at the Society of French Artists, the Dudley Gallery, in Piccadilly, presented Le Bon Bock with a certain amount of critical success. In 2010, Nancy Locke confirmed that the critical reception was rather favourable, as it had been in Paris before: “A jovial old fellow, enjoying his pipe and glass; the face has a good deal of character”, wrote a critic. This double event coincided with the encounter of Mallarmé and Manet in Nina de Callias’ circle… At that point, they were both eager to expand their British connections, each protagonist using the other in doing so. Sometime in early October 1873, Mallarmé took the British writer John Payne, whom he recently met, to Manet’s studio in Paris. As soon as he was back, Payne asked Mallarmé to send him “a few notes on the paintings’ subjects matters that they have seen in Manet’ studio”. Do I have to insist on the fact that the subject counts in art for both Manet and Mallarmé? We are so used to thinking that the poet praised the painter’s work because it completely freed itself on any part of iconic and even semantic dimension! Published in La Renaissance littéraire et artistique in April 1874, the first crucial piece that Mallarmé wrote on Manet can’t be reduced to a formalist approach. On the contrary, Mallarmé insists on the complexity of The Railway (Washington) in terms of meaning and of misleading aspects. We face, he underlined, an important work, as deceptive as rich in suggestions for whom loves to look at. I believe, Mallarmé went on, that this canvas, untouched by the ruses and schemes of the Salon’s organizers, actually holds another surprise to them.” No one, even Baudelaire, had said something comparable regarding Manet’s semantic polyvalence. The novelty of this painting didn’t result from a lack of referentiality, it was rather based of the elusive mode of enunciation that the poet was looking for. What is at stake was not “pure painting”. Apparently, Mallarmé review pleased Manet beyond expectations: « My dear friend, Thanks. If I had a few supporters like you, I wouldn’t give a damn about the jury. Yours ever. »

The project of illustrating Poe’s Raven is in line with Manet’s reaffirmation of his own modes of expression at the time of the emerging Impressionism. On the other hand, the book was meant to revive the memory of Baudelaire and to secure a path towards London. When Mallarmé started to publish his first translations of Poe’s poetry in 1872, it was obviously a way of continuing Baudelaire’s work. They almost appeared in the very first issues of La Revue littéraire et artistique. The magnificent folio edition, as we know, contains cover design, ex-libris and four full-page illustrations by Manet. It came out in June 1875 and provoked at once positive reactions from the press, more in Paris than in London though. Juliet Wilson-Bareau and Michael Pakenham have published a few of them. They all celebrated Manet’s capacity of condensing Poe’s imagination in his suggestive prints. In Paris-Journal, for instance, one reads: “Through the apparent but carefully calculated roughness and lack of finish in the technique, through the interplay of abrupt silhouettes and threatening shadows, M.Manet has transposed from one art into another the nightmare atmosphere and hallucinations that are so powerfully expressed in the works of Edgar Poe. » The shortest notice The Raven inspired was probably the best one regarding the effect that Mallarmé and Manet wanted to cause. No surprisingly, it came from Arthur O’Shaughnessy, who had connections among many London papers and French writers, including naturally Mallarmé. O’Shaughnessy was fully pleased with Manet’s illustrations, as he confessed it in the Athenaeum, from the 26th June of 1875: “The illustrations are of very fantastic character, reminding us somewhat of the strange likenesses of Charles Baudelaire, done, we believe, by the same artist.” To O’Shaughnessy, the illustrations’ esthetic is reminiscent of what the British poet remembered to have seen in Asselineau’s book on Baudelaire. Even if the comparison is not evident on stylistic ground, O’Shaughnessy’s comment fits perfectly in. Mallarmé couldn’t expect a better one from him. Both were already in touch, and both thought of themselves as Baudelaire’s heirs. Edgar Poe offered an occasion to assert their common positions.

Eight years earlier, in a letter to his friend Villiers de L’Isle-Adam, Mallarmé had announced his intention to publish the translation of a few poems from Poe. To him, in 1867, it was like “accepting Baudelaire’s bequest”. It was not an easy one, since Baudelaire himself stressed the difficulty to turn Poe’s poetry into French words. As Pauline Galli has noted, « Mallarmé took up the challenge and focused his work on the relationship between translation and the singular notion of authorship. In fact, he references not only the author being translated, but the previous translator as well.” On the other hand, both Mallarmé and Manet were driven to Poe by the analogies that the American writer presented with their own agenda. To fully understand their common attraction to The Raven, there’s probably no better option that to explore what the Parnassian poet Armand Renaud wrote about Poe’s poetry in La Nouvelle revue de Paris in 1864, the very publication where Cantaloube published his review of the Salon that year. Renaud, already a close friend of Mallarmé, is the author of Fleur exotique, with which Manet was to be associated in Phillipe Burty’s Sonnets et eaux-fortes. Describing Poe’s poetic process, in 1864, Renaud insisted on two specifics worth noting, the concentration of effect and the apparent depersonalization: « Everyone knows, thanks to the wonderful translation of Baudelaire, the shorts stories of Edgar Poë (…) However it is the poems of Edgar Poë that contains the essence of his genius. They are short, these poems. Hardly, by putting them together, one would make a small volume. But the terrors, the vertigo, the sufferings of this strange writer are there united and increased with all the intensity, all the concentration that poetry gives to the idea, thanks to the science of words and rhythms that the cadence allows us to deploy. (…) Edgar Poë (…) possess what only the poets of the first order have: the gift of the moving description. While we see men of remarkable talent cut up without truce arabesques of style, accumulate in their works all the marvels of fairyland and produce boredom, Edgar Poë with a few stanzas transports you into a landscape awakening a hundred times more dreams than all this staging. (…) No apparent idea was expressed, but the artist has raised sensations in you that lead to ideas.”

This is not a bad definition of Manet’s painting, much better than his so-called obsession with painting just what he sees… In many ways, Argenteuil, Manet’s controversial contribution to the 1875 Paris Salon, made clear that his esthetic largely differed from the Impressionists’ agenda. From foreground to background, from the potential rococo lovers in erotic conversation to the extreme blue hue of the river, this composition, made for disturbing the Salon audience, was precisely meant to hijack what it seemed to announce though its title. This way of frustrating the spectators, his permanent desire of playing with audience expectations has been analyzed by Georges Bataille in 1955. In a less convincing Marxist perspective, T. J. Clark has emphasized Manet’s use of discontinuities. However, Argenteuil’s signs, narrative and modes of handling do fit together in a certain extent. It’s known that Argenteuil put the 1875 Salon in fire, apart from a few reviews (Burty, Chesneau, Zola, Castagnary). In good logic, Manet should have gave up the idea of showing it in London. On the contrary, Argenteuil, there called Les Canotiers, was put on view at the Deschamps gallery in April 1876. A that time, Mallarmé had already given short notices, some gossips, to the Athenaeum. This collaboration, due to O’Shaughnessy, started in October 1875. Mallarmé was supposed to send news from the art world, and so he treated in priority writers and painters od his circle, from Catulle Mendès and Banville to Manet. Unfortunately, a part of his gossips remained unpublished. Still they all show a deep involvement in Manet British strategy, which includes the painter’s friend James Tissot, with whom he has travelled in Venice in 1874. According to Mallarmé, it’s clear that Manet wanted to be seen as the new sensation from Paris. At the same time, the painter and his “agent” spared no effort to let know that the new Manet’s paintings contained “une note anglaise”. Just as his Venice paintings has Turner overtones, his Portrait of Faure (Essen) refers to Hamlet and its fantastic side. Moreover, the Parisian Lady (Stockholm) look at Tissot’s fashionable world dear to the British audience. At least, that’s what Mallarmé wanted to let know his readers. But all his efforts came to nothing.

Prior to this, Manet wrote a crucial letter to William Michael Rossetti, which was unknown before Nancy Locke published it in 2010. By March 1876, while Mallarmé launched the exhibition of Argenteuil in London, Manet responded to the journalist’s request for information. Mallarmé had put them in touch. Manet´s letter enclosed pictures of a few paintings, including Lola de Valence that he had recently transformed. The painter mentioned that the initial version of Lola, in 1863, was exhibited with a poem by Baudelaire on its frame. « Given the interconnections between painting and poetry in Pre-Raphaelite Brotherhood, it is not surprising that Manet chose to signal this work », Nancy Locke rightly wrote. We know now that there’s much at stake in Manet’s reference to whom he named “his friend Baudelaire”. Manet knew perfectly what he was doing when he made clear to Rossetti that his paintings echoed to The Flowers of Evil’s imaginary and mode of expression. The painter wasted his time though. Unlike Swinburne, Rossetti didn’t react positively to the illustrated Raven. He had been given a copy by John Payne, but he never reviewed the book. There’s just a few negative comments in letters. If he had known so, Manet would not have been so friendly with him. But there’s worse. In April 1876, like other British critics, Rossetti crucified Manet and his kind of “realism”: « From Manet we receive Les Canotiers; the strong, coarse, ungainly, capable picture, which made so much noise in Paris last year – the work of a leader who may perhaps someday be absolutely a master; but that day threatens to be one when the blind shall lead the blind […]. Aesthetic realism and brutal realism are two different things. » The last gossip ever written by Mallarmé never came out, it was about the book Théodore Duret, a crucial friend of Manet, had just published on the fall of the 2d Empire. It sounds as if Mallarmé, in response to Rossetti, intended to define what makes Manet’s art more sophisticated, poetic end significant that it looks to the blind : “The general views, which are not expressed by the writer, are apparent to the reader in the perfect co-ordination of facts: and thus a work which pretends to reject the whole imaginative apparatus of the old history, remains, in its firm and scholarly simplicity, a work of art of the purest scope.” Stéphane Guégan