
La vision de Courbet semble vouée aux extrêmes. Ils changent, voilà tout. Il y a quarante ans, on résumait notre réfractaire à l’Enterrement, manifeste d’un réalisme engagé du côté des classes populaires, qu’il parvenait à grandir sans les idéaliser. Aujourd’hui, L’Origine du monde, tableau destiné d’abord à de rares affranchis, a proprement dévoré l’image publique du peintre. Ce contre-sens fait de lui une sorte d’érotomane radical. Préfigurant Jeff Koons, qui le collectionne et le vénère, Courbet aurait fanatiquement décrassé sa palette des charmes désuets de la séduction, de la composition et de la «peinture pensée» (Georges Bataille). La chose, rien que la chose; le ça, rien que ça. Tout en donnant une place éminente au plus célèbre mont de Vénus de la peinture occidentale, l’exposition de Bâle n’en fait pas son seul centre de gravité. La modernité de Courbet, nous dit Ulf Küster, son commissaire, est aussi polyfocale que ses paysages les plus réussis. Riche de toutes les traditions, et ouverte à tous les publics, animée par un imaginaire puissant, dont la nature et les femmes sont des exutoires plus subtils qu’on ne le dit, cette peinture noue avec brio l’impératif de singularité et l’impératif de production. C’est cela dont le public fait l’expérience, physique et mentale, dans la lumière caressante de la Fondation Beyeler, face aux séries parfaitement orchestrées et aux thèmes développés à l’intérieur de chaque salle. En faisant taire la sacrosainte chronologie, l’accrochage d’Ulf Küster rappelle cette vérité que la radiographie des tableaux nous confirme enfin: Courbet peint rarement alla prima, il découpe, colle, recompose, remploie, construit l’image sous ses effets de réel, assombrit à dessein ses sous-bois et ses grottes, calme l’espace comme Poussin ou le secoue comme Rousseau, braconne sur les terres d’Ingres et de Delacroix, de Jordaens et de Titien, dès que son irrésistible amour des femmes le reprend.
À ce titre, au milieu de tant de belles choses, mon cœur penche pour les deux moments les plus érotiques du parcours. Un premier trio de Baigneuses s’établit autour du tableau du Petit Palais (ci-contre), qui a été restauré et ausculté à l’occasion. Or ses dessous ne sont pas moins intéressants que ceux du tableau du Met, accroché à gauche, où une superbe blonde plonge dans l’eau fraîche (et les souvenirs de l’art rocaille) un pied craintif, dont la radio a révélé les repentirs. Tout fait sens, et pas seulement sexe, dans le corps de ses naïades repensées. La toile du Met a appartenu à Khalil-Bey, le propriétaire et presque l’inventeur de L’Origine du monde. Pour trôner seule sur sa cimaise, l’icône paradoxale dialogue avec un fragment de nu froufroutant (un tableau Koons) et ce qui s’avère être une des toiles les plus magnétiques de la sélection, le Réveil de Berne. Absente de la dernière rétrospective du Grand Palais, pour des raisons étrangères à ses commissaires, la scène d’alcôve décoiffe, dans tous les sens du terme. L’anatomie et le saphisme de convention ont-ils jamais été autant bousculés et amenés à cet équilibre troublant entre désir bruts et rêveuse pamoison? Que Picasso ait pu croiser l’œuvre, lui pour qui chaque tableau était exaltation des contraires, y ajoute une valeur inappréciable… Sommes-nous en présence d’un ratage heureux ou d’une maladresse calculée? Le Réveil, réussite indéniable, oblige quand même le visiteur à s’interroger sur l’inégalité de Courbet, que la Fondation Beyeler n’a pas cherché à masquer…
Cette question, l’exposition de Genève, d’une remarquable tenue scientifique, la pose avec l’acuité nécessaire. Les années d’exil du peintre, en effet, n’ont pas très bonne réputation. Entre juillet 1873 et le 31 décembre 1877, son passage en Suisse et sa mort loin d’Ornans, le proscrit, le communard, le «déboulonneur de la colonne Vendôme» aurait perdu dans l’éloignement le goût de la vie et de la peinture. De surcroît, comme certains paysages de montagne fabriqués un peu vite en témoignent, son coup de brosse proverbial aurait demandé à de piètres collaborateurs le soin de compenser une impuissance grandissante, inversement proportionnée à son corps frappé ou soufflé d’hydropisie. Laurence Madeline, en quelques pages, fait justice de tels poncifs, et rappelle que tout exilé développe une posture complaisante, analogue curieusement à certaines habitudes de l’histoire de l’art. Le narcissisme meurtri de Courbet a donc fait le lit d’une légende qui s’est retournée contre l’appréciation plus équilibré des «dernières années», qu’il est désormais loisible de poursuivre à partir de l’exposition et son catalogue très documenté. Il apparaît déjà que la pratique du paysage, électrisé par de nouveaux motifs et notamment la confrontation des Alpes, échappe souvent à l’accusation du bâclage. De même que La Vigneronne de Montreux, le Panorama de Cleveland et le nouvel achat du musée de Genève auraient plu à Balthus, aussi fou de Courbet que son ami Masson. Entouré de ses tableaux et de quelques copies, buvant sec et actif sur tous les fronts, Courbet fait meilleure figure que prévu. Peu après s’être vu confirmer sa « dette » colossale envers la France, il était encore capable d’écrire à Whistler et de lui parler d’avenir comme de leur ancienne passion commune pour Jo, la belle Irlandaise, dont le portrait ne l’a jamais quitté. Il est des tableaux qu’on ne vend pas. Stéphane Guégan
*Gustave Courbet, Fondation Beyeler, Bâle, jusqu’au 18 janvier 2015 ; Gustave Courbet, les années suisses, Musée Rath / Musée d’art et d’histoire de Genève, jusqu’au 4 janvier 2015. Ces deux expositions, vraie saison suisse, bénéficient chacune d’un remarquable catalogue.
Courbet, c’est aussi…
Jean-Luc Marion, Courbet ou la peinture à l’œil, Flammarion, 23€
Ce bel essai ne répond pas seulement à l’appel de la terre, à cette communauté de racines qui apparentent l’auteur et le peintre, et aboutissent à de fortes pages sur la campagne d’Ornans et les mystères de son autogenèse. Somme toute, la philosophie postkantienne y joue un rôle plus décisif que le devoir de mémoire, jusqu’à produire une définition du réalisme qui déborde la banale célébration de l’homme qui peignit des paysans en pieds et des intellectuels en blouse. Allergique aux «variations arbitraires dont les philosophes sont coutumiers, quand ils se mêlent d’art», Jean-Luc Marion n’oublie pas d’interroger ses concepts et ceux de la discipline qu’il aborde. Quelques-uns de ses auteurs d’élection, Descartes, Husserl et Merleau-Ponty guident nos pas, phénoménologie oblige, au cœur des paysages de Courbet, sa « petite patrie », sa république idéale… En fait de réel et de réalisme, le peintre mit très tôt ses contemporains en garde contre leurs erreurs de perception. La pire consistait à nier la composante réflexive de ses toiles d’un mimétisme aveuglant, et donc trop vite réduites à une sorte de monstrueuse passivité. En relisant les déclarations du Courbet, en tirant le meilleur du témoignage de Francis Wey, et surtout en retournant aux tableaux, Jean-Luc Marion attribue la vraie nouveauté de cette peinture à sa capacité de révélation. Le réel, cet irreprésentable, – «incopiable», dit Courbet –, sourd de la toile comme s’il se révélait à nous, sans la médiation de l’artiste. D’une formule claudélienne, Jean-Luc Marion résume : «l’œil, en peignant, écoute le visible surgir.» Il sait aussi développer cette stratégie de l’invu ou de «la chose même» : «Courbet voit, mais ne re-garde pas, au sens exact (cartésien) de l’intuitus : il ne regarde pas, du moins au sens où le regard garde et surveille (in-tueri) ce dont il s’empare, le contrôle en l’incluant dans ses catégories, se concepts et ses notions simples, qui permettent de savoir d’avance (sans avoir encore vu) ce qu’il s’agit de connaître, de produire et de reproduire.» Comme Michael Fried y a insisté, au vu des multiples rêveuses et rêveurs qui l’habitent, cette peinture aime à représenter la suspension de la conscience objectivante. On dira désormais, avec Jean-Luc Marion, qu’elle en procède. SG
*Thierry Savatier, Courbet. Une révolution érotique, Bartillat, 24€
Auteur de livres qui font autorité sur la Présidente et L’Origine du monde, Thierry Savatier examine ici l’ensemble de la production érotique de Courbet, une soixantaine de tableaux dont les premiers remontent aux années 1840. Très tôt, les simples nus, sans autre sujet apparent que leur éclat charnel, voisinent avec de vraies compositions, aux thèmes bibliques et mythologiques, qui passent habituellement pour d’ironiques écrans de fumée. Baudelaire nous a appris à tenir compte de « l’amoureux cynisme » de Courbet et de ses usages peu canoniques de la grande tradition. Mais est-ce une raison suffisante pour détacher la franche sensualité du peintre des nuances de l’ancienne iconographie? En d’autres termes, Courbet met-il fin au règne de Vénus en procédant à sa désacralisation réaliste et en poussant l’anti-idéalisme jusqu’à ne peindre que des corps sans âme, et des tableaux sans signification? Que cette peinture soit transgressive, selon la formule consacrée, qu’elle aime à exhiber la pilosité pubienne et la fente vulvaire que d’autres cachent ou savonnent, on en conviendra aisément avec Savatier, ardent défenseur de cette franchise troublante ou dérangeante, si étrangère aux esquives, vaguement salaces, de la peinture plus convenable. Sous la loupe des tableaux de Salon, la France du XIXe siècle semble à jamais prisonnière d’une persistante réputation d’hypocrisie et de vénalité. Or Courbet n’a pas plus négligé le Salon que l’argent, et donc le potentiel commercial de ses nus. La violence des réactions qu’ils provoquèrent a tendance à occulter leur succès, confirmé par les nombreuses répliques de ses images les plus salées. Le classement typographique de Savatier met en évidence cette sérialité qu’il serait naïf de prendre pour un pur effet de modernité… Il est d’autres similitudes entre l’art de Courbet et la production courante en matière d’images suggestives, de ses plantureuses Sources, humides et réversibles allégories, jusqu’aux baigneuses à résonances saphiques. Pour s’en tenir à un exemple, notons que Le Repos dans les bois, que Savatier attribue avec beaucoup de prudence à Courbet, est en fait la Byblis qu’Henner exposa au Salon de 1867. Son livre nous rappelle, du reste, l’espèce de défi permanent où se complaisait le peintre d’Ornans à l’encontre des artistes les plus fêtés du Second Empire, Cabanel et Baudry en tête. Dans le catalogue de l’exposition de la fondation Beyeler, nous avons essayé de montré en quoi cette compétition ouverte a informé certains tableaux de Courbet et offre aujourd’hui un nouvel espace à la réflexion sur ses tableaux d’inspiration mythologique, indirecte ou avouée. On n’en a pas fini avec cette «révolution», que le libertin Savatier sert avec une ferveur et une érudition sans faille. SG
On l’a découvert pédalant, vrai forcené, parmi les rois de la petite reine. On les a accompagnés au Mali, lui et son Leica, collés à ces boxeurs pouilleux, aux corps de bronze luisant, qui n’ont que leur dèche pour cogner plus fort et vriller plus vite. 




*Sarah Frioux-Salgas (dir.), «L’Atlantique noir de Nancy Cunard», Gradhiva, Revue d’anthropologie et d’histoire des arts, n°18, Musée du Quai Branly, 20€. /// Celle qui se voulait «l’inconnue» ne l’est pas aux lecteurs d’
*Serge Sanchez, Man Ray, Folio biographies, Gallimard, 8,49€. /// Récit alerte comme le fut la vie du plus français des Américains. Que serait la planète du dadaïsme historique sans le cosmopolitisme du New York des années 1910? Man Ray, issu de l’immigration des Juifs russes, s’est rêvé peintre avant de découvrir que la photographie pouvait en être plus qu’un succédané. C’est un trentenaire déjà riche de multiples expériences et d’une culture solide (lecteur et mélomane, il a même croisé Robert Henri, le maître de
Un bon roman n’est jamais l’effet du hasard, surtout quand il fait des caprices du destin le levier de ses «incroyables» coups de théâtre. La mécanique romanesque tient davantage du complot réussi. C’est pourquoi les conspirations, les sociétés secrètes et les agents doubles ont toujours tenté la littérature la plus ouverte à ses propres jeux.
Peu disposé aux compromis de la presse, assez rusé pour les déjouer en feignant de les servir, 

Un siècle plus tôt, la société française résonnait encore dans l’adversité d’autres vibrations. Quand bien même la guerre de 1870 fut une erreur, et une erreur de gauche (Emile Ollivier passant outre l’avis de
L’inventeur de la formule, Pierre Nora, ne m’en voudra pas d’en user ici. Dans ses Recherches de la France, maître livre que je n’ai pas la prétention de résumer, le moment 1870-1871 occupe une place centrale, à la mesure de l’électrochoc qu’il constitua. Lavisse et Renan, deux des instituteurs de la IIIe République et de l’idée nationale, l’édifient désormais sur le passé intégral de la France et contribuent, montre Nora, à la conversion géographique d’une frontière jusque-là historique. 1791 s’était construit sur le rejet fictif de l’
La thématique mariale, Richter le sait, se prête idéalement à cette méditation sur ce qu’il importe de transmettre : chacune des cinq toiles, allégorique en soi, joue avec sa propre disparition, et communique à son faire, larges coups de brosse et matière somptueuse, une manière de suspens vénitien. Jamais inerte, la matière pense et les titres, souvent à double entente, confirment cette intelligence des apparences, qui n’est jamais plus évidente qu’à travers les thèmes issus du vieux fonds romantique. Face à son Iceberg dans le brouillard, dont la touche fondante épouse son sujet, face à ses innombrables évocations de la forêt ou de la terre mère, le souvenir remonte des tableaux de Friedrich, Carus, Courbet et
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Parmi les inédits déjà mentionnés, on lira un sonnet d’octobre 14, dont le titre résume à la fois l’esthétique et le paradoxe dont il tire sa beauté. Fusée fait du
En novembre 1913, la classe de Drieu est appelée pour un service militaire de trois ans. Le jeune incorporé est aussi un humilié précoce. L’échec aux examens de Sciences Po a été plus que cuisant et la blessure d’amour-propre s’aggrave de l’amère déception des siens. Il s’en ouvre dans ses lettres à sa fiancée, Colette Jéramec, une jeune fille intelligente. Sa future épouse se destine à la médecine et incarne l’ambition de la grande bourgeoisie juive, intégrée et convertie. Pour ne pas s’éloigner d’elle, de son frère André et du Paris qu’ils aiment tous les trois, Drieu renonce aux cuirassiers pour l’infanterie. La déclaration de guerre le trouve, en cet été étouffant, à la caserne de la Pépinière. Le 6 août 1914, accompagné d’André Jéramec, il part pour le front avec le grade de caporal. Le 23, c’est «la bataille de Charleroi» où Drieu dit avoir connu l’expérience la plus forte de son existence en sortant de soi. Une sorte d’éjaculation, dira-t-il plus tard avec quelque emphase: «Comme j’avais été brave et lâche ce jour-là, copain et lâcheur, dans et hors le sens commun, le sort commun.» Les pertes avaient été lourdes. André, dont il dira le courage et le patriotisme en 1934, fait partie des disparus. Drieu lui-même, blessé à la tête par un shrapnel, est évacué vers Deauville. Nommé sergent le 16 octobre 1914, il rejoignait son régiment le 20 en Champagne. Blessé au bras le 28 octobre, Drieu rejoint l’hôpital militaire de Toulouse pour trois mois. Au printemps 1915, il est volontaire pour la campagne des Dardanelles. Ce grand ratage le renvoie à ses pires obsessions, la maladie, la déchéance, la syphilis, la mort. Il a senti «l’Homme» mourir en lui, l’appel séduisant de l’abject… Lors de sa longue convalescence à Toulon, une infirmière à bec-de-lièvre, aussi pure qu’il se sent souillé, lui prête les Cinq grandes odes de Claudel. Choc durable… Colette, toujours elle, le fait rentrer à Paris avant la fin de l’année. Ce temps gagné sur la guerre, on l’a vu, il le consacre à l’écriture d’Interrogation. En janvier 1916, il intègre le 146e RI. Quand la bataille de Verdun éclate, son régiment est aux premières lignes. Le 26 février, toujours sergent, Drieu s’élance au milieu des bombes avec le sentiment de n’être plus qu’un petit tas de viande jeté «dans le néant». Sous la mitraille, lui et ses hommes rebroussent chemin. Un obus, en soirée, le terrasse, le blessant au bras gauche et lui crevant un tympan. On le renvoie à l’hôpital, avant les services auxiliaires. Gilles laissera entendre que Drieu décida de tourner la page et d’exploiter l’infirmité légère de son bras. Relations, accommodements, le voilà nommé auprès de l’État major, hôtel des Invalides! Parmi les amis de Colette surgit alors le jeune
Un an plus tard, Interrogation reçoit un accueil très favorable. Les comptes rendus s’égrènent au cours de l’année suivante à propos de ce «petit livre, dur, mystique, tout flamboyant, tout fumant encore de la bataille», qui rappelle à la fois Claudel, Whitman et Lamennais à Fernand Vandérem. Le grand Apollinaire lui concède aussi quelques lignes très positives. La recension la plus enflammée revient à Hyacinthe Philouze, sensible à «l’âme tout entière de la génération qui, au sortir de la tranchée, va façonner le monde nouveau!» Quant à la réaction de Paul Adam, c’est la reconnaissance du vieux professeur d’énergie, heureux de saluer en Drieu un émule de Rimbaud. En 1934, date anniversaire s’il en est, La Comédie de Charleroi forcera aussi l’admiration des contemporains. Selon
– À lire aussi, Jean-Pierre Guéno et Gérard Lhéritier, Entre les lignes et les tranchées, Musée des lettres et manuscrits, Gallimard, 29€. Guerre poétique, 14-18 fut aussi une guerre épistolaire. Plus de quatre millions de lettres circulent chaque jour en France. L’originalité ici est de confronter la plume des inconnus et la voix de ceux que l’histoire a encensés, de Félix Vallotton et
Pour fertiles qu’elles puissent être, comme l’est celle de Dolan, les interprétations trop exclusives conviennent mal à Manet, l’artiste le moins démonstratif qui soit. Il préfère jouir de ses pensées sans les fixer… Peut-on écarter, par exemple, l’hypothèse très plausible que le tableau de Londres soit postérieur à la mort du père de Manet, décédé en septembre 1862, et qu’il se construise autour de la présence endeuillée de la mère du peintre (préparée par un dessin célèbre, coll. part.). Excellente musicienne, mais fidèle au bel canto de sa jeunesse, elle jette une note de noir au milieu de cette réunion mondaine, qui peut se lire comme l’extension de l’artiste, devenu chef de famille, d’une famille élargie, avec ses critiques influents, son réseau d’amitiés, son militaire, ses femmes en crinoline et peut-être son musicien… L’homme à bésicles, en effet, à droite, pourrait bien être Offenbach, autre virtuose en cour et peu
Le «décrochage» date bien du Second Empire, et s’aggrave sous
Livre fondamental, et si précieux que ses détenteurs ne s’en dessaisissaient pas, il était devenu introuvable, il revient en librairie dix-sept ans après sa publication, et presque son invention. Car
Ainsi Grenier nous rappelle-t-il qu’il fut à la fois partisan d’une intervention de la France en
Nommé à Montpellier après l’armistice, Grenier passe l’été et une partie de l’automne dans le sud de la France. À peine remet-il le pied à Paris, en novembre, qu’il ébauche le grand interrogatoire dont devait naître Sous l’Occupation. Ses dons d’écrivains éclatent dans la saisie hugolienne, déhiérarchisée, des choses vues et senties; il enregistre aussi, en juste, le mensonge colporté par la presse de grande diffusion, sous surveillance étroite, comme on sait. Mais sans doute existait-il des moyens pour dire le sentiment antiallemand que Grenier vérifie parmi tous ces signes qu’émettent une ville et une population réduites aux masques et aux stratégies d’évitement: «Et c’est une des choses les plus surprenantes que de voir à ce sujet la faillite de la presse.» Voilà une réflexion qui devrait combler de joie